Histoire du guqin

Des origines mythiques

L’origine du guqin 古琴 peut se trouver dans les trois sources suivantes. Une première présente la légende de Fuxi 伏羲 dans le Qin cao 琴操, un livre attribué au penseur et cithariste Cai Yong 蔡邕(133/192) sous la dynastie des Han postérieurs (25/220). Selon cette légende, la création du guqin vise la disparition des mauvaises pensées et la réalisation de la vraie nature de l’homme.

On peut aussi trouver l’origine du guqin 古琴 dans Yue jin 樂經. Ce canon de la musique y relate l’anecdote suivante :

« L’empereur Shun 舜 (-2128/-2025) crée la cithare qin à cinq cordes pour jouer des airs anciens. Son musicien impérial Kui 夔 commence donc à écrire des airs afin de récompenser les vice-rois vertueux. Si le vice-roi est vertueux, celui-ci suit les règles et a une bonne récolte, le fils du Ciel lui accordera un défilé musical dans sa province… On peut connaître la vertu d’un homme au nombre d’artistes qui composent le défilé. »

Durant la haute antiquité des Xia et des Shang 夏商(-2070/-1046), la postérité associe l’instrument à une fonction rituelle et de prédictions. Sous la dynastie des Zhou 周 (-1046/-256), l’instrument apparaît dans le Zuo zhuan 左傳 à nouveau dans sa fonction sociale. On peut y lire : « l’homme de vertu joue des cithares qin 琴 et se 瑟 pour apprendre l’étiquette, non pour s’amuser. »

La tradition littéraire fait ainsi remonter le guqin 古琴 aux origines même de l’histoire chinoise. Elle le présente dans une fonction ascétique qui permet à l’homme de cultiver sa vertu à travers une pratique en solo ou au sein d’un orchestre rituel.

La période de Printemps et Automne

La période de Printemps et Automne (-770/-476) retient de nombreux musiciens impériaux tels Zi Chun 子春, Chen Lian 成連, Bo Ya 伯牙 et Yong Menzhou 雍門周. L’histoire de Bo Ya 伯牙et Zhong Ziqi 鐘子期 a forgé le terme encore utilisé aujourd’hui de zhiyin 知音 qui désigne un ami qui nous comprend profondément et entre en résonance avec notre musique intérieure. D’une manière similaire, le Qin cao 琴操 attribue à Confucius la composition de l’air Youlan 幽蘭 (Orchidée retirée) qui exprime sa mélancolie de ne pouvoir servir aucun pays.

La dynastie des Han

Cette période marque un premier apogée de cet art. En particulier, l’instrument évolue dans ses mensurations et structure jusqu’à connaître sa forme encore utilisée de nos jours. La technique de jeu connaît également un grand développement. Le Huai Nan Zi 淮南子 décrit même à cet égard : « Un aveugle ne peut pas distinguer le jour de la nuit et le noir du blanc mais quand il joue du qin, il en joue avec autant d’aisance que s’il « nettoyait la poussière » ».

Parmi les traités musicaux de cette période on peut citer :

  • le Qin shuo 琴說 (« Propos sur le qin ») de Liu Xian 劉向 (-77/-6) ;
  • le Qin qing yin 琴清英 (« De la clarté et de l’excellence du qin ») de Yan Xiong 楊雄(-53/18) ;
  • le Xinlun 新論 (« Nouveaux propos ») de  Huan Tan 桓譚 (-40/32) ;
  • le Qin cao 琴操 de Cai Yong 蔡邕 (133/192).

Les Dynasties Wei Jin du Sud et du Nord

Sous les Six dynasties 魏晉南北朝 (220/589), le qin continue à être apprécié de la part des rois et des princes feudataires et l’on compte de nombreux citharistes dans les rangs lettrés. Mais l’instabilité politique de l’époque voit l’émergence d’une tradition érémitique. Exilés et écartés de la cour impériale, ces lettrés reclus trouvent refuge dans les montagnes et la pratique de l’instrument.

Des membres des zhulin qixian 竹林七賢(« Sept sages de la forêt de bambous ») représentatifs de cette période sont ainsi associés au guqin, tels Ruan Ji 阮籍 (210/263) et Ji Kang 嵇康 (233/262). On attribue au premier l’origine d’une pièce encore jouée aujourd’hui intitulée Jiu Kuang 酒狂 (« De l’ivresse ») et au deuxième d’importants traités esthétiques sur la musique, tels le Sheng wu ai yue lun 聲無哀樂論 ou le Qin fu 琴賦.

L’origine de certains morceaux importants du répertoire actuel se trouve également associée à cette époque tels que Guangling san 廣陵散 (« Air de Guangling ») , Jiukuang 酒狂 (« De l’ivresse »), ou encore et Meihua san nong 梅花三弄 (« Trois variations sur la fleur du prunier »).

Dynasties de Sui 隋 et de Tang 唐

A cet époque, le qin devient un élément incontournable dans de l’écriture poétique. Le Quan Tang shi 全唐詩 (« Collection complète des poèmes des Tang ») recense des centaines de poètes ayant écrit sur cet art au premier rang duquel figurent Bai Juyi 白居易 (772/846), Li Bai 李白, Du Fu 杜甫 (712/770) ou encore Han Yu 韓愈 (768/824). Le système de tablature connaît également une évolution majeure pour prendre une forme abrégée encore utilisée de nos jours.

Dynasties de Song et Yuan 宋元

De la période de Song 宋 (960/1279), on peut d’abord retenir un important livre sur l’histoire du qin : le Qin shi  琴史 écrit par Zhu Zhangwen 朱長文 (1039/1098). Parmi les œuvres importantes associées à ces dynasties figurent par exemple un couple important d’ermites de la littérature chinoise en les figures du pêcheurs et du bûcheron, Yu ge 漁歌 (Chanson du pêcheur), Qiao ge 樵歌 (Chanson du bûcheron).

L’art du qin se pratique également dans un contexte bouddhique avec des personnages tels Zhu Wen Ji 朱文濟, Yi Zhong 夷中, Zhi bai 知白, Yi Hai 義海 ou le moine Ze Quan 則全和尚. Un tel lien transparait dans les Propos sur le qin 琴論 de Chen Yujian 成玉礀  (« Jouer du gin est comme réfléchir sur le chan (zen) »). D’autres penseurs majeurs de l’époque comme Shen Gua 沈括 (1031/1095) et Zhu Xi 朱熹 (1130/1200) apportent également leurs contributions à l’essor de cet art.

Dynastie de Ming 明朝

Avec la démocratisation de l’imprimerie, cette période se caractérise par l’essor des recueils qinpu 琴譜. À cet égard, Zhu Quan 朱權, 17ème prince de l’empereur Zhu Yuanzhang 朱元璋 (1328/1398), fait imprimer en 1425 le Shen qi mi pu 神奇秘譜 dont de nombreux morceaux ont été restaurés à partir du XXème siècle.

Un autre ouvrage important est publié en 1641 par Xu Shangying 徐上瀛. Intitulé le Xishan qinkuang 溪山琴況 (« Les saveurs du qin de la montagne Xi »), l’ouvrage est l’un des plus aboutis de la littérature esthétique de cet art. Enfin, des traités de lutherie sont également conservés de cette époque tel ceux de Feng Chaoyang 馮朝楊 dont les instruments étaient destinés pour la cour du roi Hen 衡王 (1479/1538).

Dynastie de Qing

L’art du qin de la dynastie de Qing 清 a laissé de nombreux écrits. La transmission de sa pratique est au cœur de l’héritage moderne et se décline en de nombreuses écoles propres à chaque région, telles que les styles de Zhe 浙派, de Yu shan 虞山派, de Guang ling廣陵派, de Shu 蜀派, de Min 閩派, de Ling nan 嶺南派, de Jiu yi 九嶷派, de Zhu cheng 諸城派 ou encore de Mei’an 梅庵派. Toutes ces écoles possèdent un corpus de recueils et un répertoire singulier et reflète la diversité incroyable des styles associés à cet art.


Source : https://www.taipeiqinhall.com/aboutguqin.html

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